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samedi 25 mai 2013

Maladie d'Alzheimer


Elle est la plus fréquente des démences et sa prévalence augmente avec l’âge. Selon l’étude PAQUID (INSERM), elle toucherait 860000 personnes en France.

 Elle a été décrite pour la première fois en 1906 par Alois Alzheimer. Cette maladie est une démence neurodégénérative due à l’apparition de plaques séniles dans la substance grise du cerveau ou due à une dégénérescence neurofibrillaire précédent la perte neuronale. Elle est évolutive et irréversible. Elle s’exprime par des troubles de la mémoire et un déclin cognitif, le plus souvent associés à des troubles comportementaux, et évoluant vers une perte progressive d’autonomie, caractérisant un syndrome démentiel.

Le  diagnostic reste difficile. La maladie est d’apparition insidieuse, se développant à bas bruit avant qu’elle ne soit repérée le plus souvent par l’entourage familial par des troubles de la mémoire. Le diagnostic est alors établi lors de l’entretien avec le malade et ses proches et à l’aide de questionnaires pour évaluer les fonctions cognitives.

 

Les critères de démence de type Alzheimer selon le DSM-IV sont :

A. Apparition de déficits cognitifs multiples

1. Une altération de la mémoire

2. Une (ou plusieurs) des perturbations cognitives suivantes :

a. Aphasie

b. Apraxie

c. Agnosie

d. Perturbation des fonctions exécutives

B. Altération significative du fonctionnement social ou professionnel

C. Début progressif et un déclin cognitif continu.

D. Les déficits cognitifs des critères A1 et A2 ne sont pas dus :

1. À d’autres affections du système nerveux central qui peuvent entraîner des déficits progressifs de la mémoire et du fonctionnement cognitif

2. À des affections générales pouvant entraîner une démence

3. À des affections induites par une substance

E. Pas évolution d’un delirium.

F. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un trouble de l’Axe I (trouble dépressif majeur ou schizophrénie).

 

La maladie d’Alzheimer est un processus progressif évoluant en 3 stades.

Le stade débutant est caractérisé par des troubles de la mémoire modérés avec une incapacité progressive à se rappeler des faits récents et à stocker de nouvelles informations. Il se rajoute des problèmes attentionnels et de concentration avec des difficultés à accomplir des tâches complexes. L’orientation dans l’espace se manifeste par des difficultés à trouver son chemin. L’apparition de troubles de langage se traduit par un manque du mot, des hésitations.

Dans le stade intermédiaire, les problèmes de mémoire s’aggravent et la personne devient de plus en plus dépendante à son entourage. Les souvenirs des faits lointains s’estompent. Le langage est nettement affecté avec une incapacité croissante de s’exprimer et l’apparition de palilalie. La désorientation dans le temps et dans l’espace est plus importante (oubli des dates,  des difficultés à se repérer dans des lieux familiers). Des troubles agnosiques apparaissent : reconnaissance des visages familiers. Il apparaît des pertes de la synchronisation des gestes et de l’équilibre provoquant des instabilités motrices et des chutes. Le jugement est atteint et la prise de décision devient difficile.

Par exemple, Madame B, atteinte d’une démence de type Alzheimer, présente d’importants troubles mnésiques, une confusion spatio-temporelle. Elle ne parvient plus à se situer dans le temps, et à reconnaître des visages familiers. Les souvenirs lointains sont de plus en plus affectés, avec notamment l’oubli de son fils décédé. Elle évoque beaucoup son enfance, ses souvenirs préservés avec ses parents du temps de sa jeunesse.

Dans le stade avancé, l’alitement est inévitable avec une perte de la motricité, et une impossibilité de se lever. Le patient souffre de démences sévères avec une perte quasi-totale des fonctions cognitives (déstructuration du langage). D’importants troubles de santé apparaissent : une incontinence totale, des troubles alimentaires et de déglutitions accompagnées d’un amaigrissement important provoquant une diminution des défenses immunitaires.

 

Adaptation et Résilience chez les personnes âgées


Certains sujets âgés, malgré certaines pertes, font preuve de capacité d’adaptation. Ils trouvent les ressources nécessaires pour faire face au vieillissement en développant des stratégies de coping (Lazarus et Folkman, 1984), et des capacités de résilience.

Selon Baltes et Baltes (1987), à l’âge avancé, le potentiel des pertes tend à excéder celui des gains, réduisant par conséquent l’adaptabilité de la personne âgée. Selon le modèle SOC (Sélection Optimisation Et Compensation) de Baltes (1990), les personnes âgées, conscientes de l’affaiblissement de leurs ressources biologiques, psychologiques et/ou sociales, vont choisir des activités préservant leur bien être et leur énergie par le processus de sélection. D’autres personnes perdant leurs capacités motrices vont développer des activités nouvelles et acquérir de nouvelles compétences pour faire face à leur handicap (stratégie d’optimisation). Par la stratégie de compensation, le sujet âgé va utiliser les ressources de son environnement pour l’étayer dans la réalisation de certains actes. La mise en œuvre de ces stratégies par l’individu démontre un sentiment d’efficacité personnelle efficient.

Ce modèle de développement explique l’adaptation des sujets âgés qui se confrontent à des changements liés au processus de vieillissement, grâce à leur capacité de résilience dans la pensée, les sentiments et les comportements. Par conséquent, ils pourront atteindre les buts fixés, malgré les difficultés liées au processus de vieillissement.

La résilience se définit comme la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque d’une issue grave (Rutter, 1987, Cyrulnik, 1999). Elle implique une dynamique développementale et interroge sur la place du développement chez le sujet âgé.

Selon Ribes (2006), la définition de la résilience repose sur un certain nombre de facteurs, aidant le sujet à faire face aux conditions aversives. La personne âgée résiliente est celle qui présente une sécurité interne grâce à un attachement sécure. La résilience repose également sur une dimension relationnelle solide avec la qualité du soutien de la famille et un fort sentiment d’appartenance (générationnelle, familiale). Par ailleurs, la personne âgée résiliente vit sa vieillesse dans l’ici et le maintenant, s’implique dans le présent avec des capacités de relativisation et de distanciation par rapport aux évènements passés et actuels, lui permettant de mieux les appréhender. Elle montre un intérêt à l’autre et à son environnement pour lutter contre l’isolement. Par ailleurs, l’histoire du sujet âgé joue un rôle clé dans la construction de la résilience. Face à l’adversité, il peut puiser dans ses expériences antérieures, qui ont contribué au développement de ses capacités adaptatives. En vieillissant, la personne âgée est confrontée à de nouvelles atteintes et pertes. S’adapter est donc une composante importante du vieillissement, permettant de garder le contrôle sur sa vie et de maintenir une certaine satisfaction. Pour cela, elle va mettre en place des stratégies de coping, le plus souvent centrées sur les émotions (repli sur soi). En vieillissant, les personnes ont tendance à réagir à un évènement difficile en prenant de la distance ou en développant des émotions positives (Aguerre, 2002).

Madame Lo est un bon exemple d’une personne âgée résiliente. Malgré ses pertes d’autonomie, Madame Lo accepte ce déclin physique en développant des capacités d’introspection importante. Elle puise dans ses ressources internes pour faire face à son affaiblissement physique (difficulté à la marche, baisse visuelle)  Je la retrouve souvent assise à sa table, pensive. Lorsque je m’entretiens avec elle, elle me fait part du bilan de sa vie en transmettant d’importantes émotions positives. Elle narre un récit autour de son vécu depuis son enfance à aujourd’hui : ses relations avec ses parents, son mariage, son arrivée au sein de la résidence. Au travers de ses souvenirs, elle parvient à prendre de la distance pour puiser dans ses ressources internes pour faire face à ces difficultés (perte visuelle, difficultés à la marche) et rester positive. Elle m’explique qu’elle a toujours su aborder les problèmes avec relativisation pour les affronter.

Connaître l’histoire de vie, les événements de vie important du sujet âgé permet de mieux comprendre ses capacités de résilience et d’adaptation. La prise en charge peut reposer sur cette prise de connaissance pour aider la personne âgée à faire face aux difficultés rencontrées au sein de l’institution en puisant dans ses ressources antérieures.

La dépression du sujet âgé


La dépression du sujet âgé, en institution, est très fréquente. Une grande vigilance s’impose dans le repérage des signes cliniques, dans le sens où celle-ci est souvent masquée (Hazif-Thomas, 2003), et ses conséquences peuvent être très lourdes. Ces symptômes dans ce cas sont plus physiques que psychiques.

La plainte somatique est récurrente chez le sujet âgé en raison des atteintes corporelles que le vieillissement provoque (Le Goués et Ferrey, 2000). Le recours à la plainte somatique peut révéler l’expression d’une souffrance psychologique et refléter un état dépressif. Une préoccupation hypocondriaque investit le sujet révélant une inquiétude sur le fonctionnement du corps qui devient le centre d’intérêt et limitant tout processus de pensées. La souffrance du sujet ne pouvant être entendue se manifeste par le corps.

Par ailleurs, la dépression, chez la personne âgée, peut-être source d’une dévalorisation de soi et un sentiment d’inutilité. Elle se manifeste par un repli sur soi, un désengagement des activités quotidiennes, une souffrance parfois non exprimée et accompagnée de symptômes comme de la tristesse, du désespoir et de l’anhédonie. Une perte de la motivation s’installe et l’existence est vécue comme vide, dénuée de sens (Hazif-Thomas, 2003). Il devient difficile à la personne âgée d’accepter sa vie actuelle, qui rentre dans une phase de  passivité dans l’attente de mourir. Un sentiment de vide intérieur s’installe avec une autodévaluation et un pessimisme important face à l’avenir (Clément, Léger, 1996).  Par ailleurs, cette souffrance est telle qu’elle peut conduire le sujet âgé au suicide (Clément, Léger, 1996).

Par exemple, Madame M, au cours de ses dernières semaines, se repliait sur elle-même, tentant de participer à des activités, mais en éliminait quelques unes progressivement à cause d’une fatigue importante. Madame M, au cours de sa vie, a traversé des épisodes dépressifs réguliers. Madame M a une personnalité forte anxieuse et une mésestime d’elle-même importante. Madame M cachait une souffrance, à cause de douleurs physiques insupportables, se disait très fatiguée. Un dimanche, un passant vit Madame M au bord de sa fenêtre, prête à l’enjamber. La directrice s’est entretenue avec elle pour connaître les raisons, Madame M exprima une lassitude par rapport à ses douleurs physiques, qui l’envahissaient et empêchaient tout processus de pensées. Elle évoqua une crainte de l’avenir, de perdre toute son autonomie. Elle fut hospitalisée aux urgences et suivies par un médecin psychiatre. Toute remise en question s’est posée autour de son cas, une souffrance passée inaperçue, un état dépressif non repéré.

Il est important de repérer les signes cliniques de la dépression chez le sujet âgé, pour agir rapidement et détecter une souffrance masquée (Hazif-Thomas et Thomas, 1998). Une vigilance s’impose autour de manifestations symptomatiques, de troubles du sommeil et alimentaires et d’un ralentissement psychomoteur (Le Gouès et Ferrey, 2000).

La dépression peut être la conséquence d'une prise de conscience douloureuse de l’apparition des déficits intellectuels. La survenue de la dépression traduit dans ce cas une tentative d’adaptation. Dans le début d’une pathologie démentielle, une attention particulière doit être apportée aux signes précurseurs de démence frontale. Les signes précurseurs sont souvent psychiatriques, prenant le masque d’une dépression atypique, avec manque de motivation, apathie, apragmatisme, repli sur soi (Le Goués et Ferrey, 2000).

Baisse de l’autonomie


Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la déficience correspond à toute perte ou altération d'une structure ou d'une fonction anatomique, physiologique ou psychologique. L'incapacité se définit par une réduction de la capacité à effectuer une activité d'une façon et dans les limites considérées comme normales pour un être humain.

 

Vieillissement : différents deuils

En vieillissant, la personne âgée est assujettie à de multitudes pertes qu’elle doit affronter pour une maintenir une certaine qualité de vie, nécessitant un travail de deuil. Outre un affaiblissement physique, le sujet âgé doit faire face à un certain nombre de changements de son environnement : les pertes affectives et sociales (éloignement des proches, décès) et la perte du domicile (l’entrée en institution).

 

- Pertes de l’intégrité corporelle

Une baisse de l’autonomie s’installe au travers d’atteintes physiques et cognitives augmentant progressivement chez le sujet âgé la dépendance à un tiers dans certains actes de la vie quotidienne (Ribes, 2006). Pour certains, ces pertes corporelles s’expliquent par un déficit sensoriel (altération de la vue, surdité) ou des troubles moteurs (difficultés à la marche, lenteur des mouvements) provoqués par la sénescence (Belmin, 2004). Le sujet âgé doit faire face aux affections physiques, parfois douloureuses et invalidantes dues au vieillissement du corps. Ces troubles peuvent s’accompagner d’une blessure narcissique reposant sur une image du corps altérée par les atteintes physiques et esthétiques. La diminution des capacités sensorimotrices peut affaiblir l’estime de soi.

Prenons l’exemple de l’incontinence urinaire, c’est un trouble fréquent chez les personnes âgées. Il a de réels retentissements sur l’état psychique et peut être vécu comme une menace de détérioration physique (Le Goues, Ferrey, 2000). Ce trouble atteint la sphère intime du sujet rendant ce corps un peu plus dépendant à l’équipe médicale. A l’apparition d’incontinence, le sujet peut chercher à s’isoler en raison de la gêne occasionnée et d’un sentiment de honte par rapport aux autres résidents, à la famille et/ou à l’équipe soignante. Le déni est un mécanisme de défense souvent utilisé par le sujet, pour dissimuler cette souffrance physique. En cas de suspicion de troubles de la miction chez un sujet âgé, le dialogue est primordial. Il permettra d’identifier le plus tôt possible l’incontinence, de dédramatiser le problème et d’entamer une réelle prise en charge. Madame P, depuis quelques mois, présente des troubles de la miction. Elle reste dans le déni face à ce trouble. Elle fonctionne sur un mode défensif et parfois agressif à l’égard des résidents.

 

L’acceptation de ses pertes par le patient nécessite un réaménagement de sa vie, en fonction du degré du handicap qu’elles induisent. Ces différents troubles peuvent entraver la communication avec les autres et/ou diminuer l’accès à certaines activités  (lecture, couture, promenades). Ils affectent la vie du patient en le privant d’une certaine autonomie pouvant s’accompagner d’une anxiété face au risque de devenir dépendant à un tiers. Face à ce déclin physique, le sujet âgé aura tendance à s’isoler, voire s’inscrire dans une composante dépressive en raison d’une image de soi fortement altérée face à la vieillesse. Une incompréhension s’installe avec autrui, pouvant provoquer un retrait social. La personne âgée va tenter de compenser ses pertes par des gains, un réaménagement s’impose pour conserver une qualité de vie acceptable (modèle SOC, développé plus loin).

 

- Pertes du domicile

L’entrée en institution, c’est d’accepter de quitter son domicile, en raison d’une baisse de son autonomie. Le patient est amené à faire le deuil de « son chez soi », cet espace intime chargé d’émotions, de souvenirs porteurs de son histoire et de son identité. Le domicile représente un espace protecteur pour le sujet âgé avec ses habitudes, ses repères. Vivre en maison de retraite suppose l’acceptation d’une certaine situation de dépendance à un nouvel environnement. Dans ce cas, un travail de deuil du domicile est à accomplir par le sujet afin de développer ses capacités d’adaptation. Prenons le cas de Madame P : elle vit au sein de la résidence avec son conjoint depuis 2 ans. Elle n’a toujours pas élaboré le deuil de sa maison, elle ressent souvent de la colère face à cette perte, et ne parvient pas à s’intégrer au sein de la maison de retraite. Elle reste ancrée sur les souvenirs autour de cette maison, « le seul bien qu’elle possédait ». Elle oscille entre des phases de relativisation et des phases d’hostilité, qui la rendent anxieuse. Ce deuil non résolu altère son processus de pensées, l’installant dans une attitude de retrait.

 

- Pertes Sociales et affectives

Les pertes sociales s’expriment également par un amoindrissement du réseau social du sujet avec une diminution des relations amicales, l’éloignement de la famille. Les difficultés motrices (marche) ou sensorielles peuvent accentuer cet isolement social en raison d’une fatigue ressentie lors de certains déplacements. Face à ces pertes, le sujet est confronté à un sentiment de solitude. Il peut refuser la vie collective et se replier sur soi avec un désinvestissement de l’environnement extérieur, pour favoriser l’accès à ses pensées et investir son monde intérieur. (Ferrey et le Goues, 2000). Certains résidents parviennent à combler ce vide en se liant à d’autres résidents lors d’animations proposées. D’autres, en raison du sentiment de solitude qui s’est installée progressivement, revivent leur passé avec l’apparition de conflits internes non résolus, éprouvant un ressenti de colère et une focalisation sur les émotions négatives qui les envahissent psychiquement.

 

La perte affective, plus douloureuse, confronte le sujet âgé au décès de son conjoint, d’un enfant. Ce deuil sera d’autant plus difficile à surmonter en puisant dans les capacités d’adaptation du sujet âgé, fortement fragilisé. Ces pertes risquent de provoquer une détresse psychologique intériorisée et non exprimée par le sujet âgé. Tout un travail de deuil commence pour le sujet âgé, pour accepter la mort de la personne et poursuivre sa vie avec cette perte. Toutefois, un deuil pathologique ou compliqué peut s’installer sur du long terme, fixant le sujet dans une vie passée avec une forte intériorisation de la personne absente la rendant dépendante à l’objet perdu (Ferry, Le Goues, 2000). Dans ce cas, la personne âgée peut refuser de vivre dans une réalité actuelle, avec son processus de pensées envahit par des images mentales d’un passé. Cet état psychique peut être un facteur aggravant la dépendance à un tiers, avec comme principal risque : le syndrome de glissement. Monsieur R a perdu sa femme en 1999. Le deuil de sa femme n’a jamais été élaboré, il est resté dans un stade de désespoir. Il exprime le sentiment d’être fautif, et ressent une culpabilité permanente. Il est plongé dans un état mélancolique permanent sous forme d’un vécu dépressif réactionnel. Il dort mal, réveillé par des terreurs nocturnes, avec une désorientation temporelle et la présence d’images mentales. On assiste à une perte dans les interactions sociales, et une autoaccusation amère « je n’ai pas été assez bon ». Monsieur R. est préoccupé en permanence par l’image de sa femme ce qui s’exprime par la présence de comportements hallucinatoires avec une illusion de présence pathologique de celle-ci : « je sens sa présence, elle me parle ». Il s’est désengagé de sa vie dans un repli total, avec comme conséquence un important ralentissement psychomoteur. Monsieur R est décédé suite à une hépatite aigue.

 

Face à ses pertes, la personne âgée doit effectuer un travail de deuil s’exprimant par des réactions dépressives (phase initiale du processus du deuil). Elles peuvent être transitoires et normales jusqu’à l’acceptation de ces pertes mais peuvent se révéler pathologiques lorsqu’elles s’installent de manière permanente. L’accompagnement du patient devient nécessaire pour le soutenir à traverser les différentes étapes de l’acceptation du deuil. L’accumulation de deuil peut être facteur d’appauvrissement, d’une diminution d’intérêt des choses de la vie (Danon-Boileau 2002), réactivant des deuils antérieurs non résolus. Le sujet doit dépasser sa résignation et se réorganiser psychologiquement afin de s’adapter à ces changements.

L'atelier mémoire


Il permet de mettre en valeur les potentialités cognitives préservées de la personne âgée (De Rotrou, 1997). Il leur donne la possibilité de maintenir leurs capacités mnésiques, de les travailler et de se sentir valoriser au travers des réussites. Cet atelier se propose comme un moyen de stimulation de la mémoire et de sollicitation des fonctions supérieures. Différentes activités sont proposées pour solliciter les différents types de mémoire : mémoire épisodique (souvenir des évènements que l’on a personnellement vécu) ; mémoire sémantique (connaissances générales sur le monde) ; mémoire de travail (retenir une information à court terme et la manipuler). Cet atelier permet de travailler d’autres fonctions telles que le langage avec des exercices de fluence verbale, de structuration mentale (capacités à raisonner) et d’attention.

Il permet aux résidents de travailler leur confiance en soi, les renarcissiser au travers des réussites et retrouver une motivation en participant à cet atelier au sein d’un groupe. Pour certains, ce groupe a un objectif de socialisation, leur permettant de faire de nouvelles connaissances et de s’affilier à d’autres résidents afin de lutter contre l’isolement.

Le déclin cognitif


Le vieillissement se traduit essentiellement par un déclin des fonctions intellectuelles. Le fonctionnement cognitif désigne un ensemble d’habiletés mentales, comme la perception, l'attention, la concentration, la mémorisation et les fonctions intellectuelles de hauts niveaux, telles la prise de décision et la résolution de problèmes.

Le vieillissement s’exprime par une diminution de la performance à diverses épreuves censées évaluer le fonctionnement cognitif au fur et à mesure de l’avancée en âge (Van der Linden, 1999, cité par Cappelier et al, 2000). Toutefois,  dans le vieillissement normal, le déclin cognitif est hétérogène entre des capacités relativement préservées et d’autres altérées. Ce déclin est relié aux changements que produit le vieillissement sur le système nerveux sur les plans neuroanatomique (diminution de la masse du cerveau), neurophysiologique (diminution du nombre et de la taille des neurones et perte de l’efficacité des contacts synaptiques) et neurochimique (diminution de la concentration de neurotransmetteurs, notamment, la dopamine)

Les habiletés mentales qui s'appuient sur les connaissances générales acquises au fil des années semblent relativement maintenues (intelligence cristallisée). La mémoire implicite et la mémoire émotionnelle s’altèrent peu. L’apprentissage procédural est particulièrement résistant au vieillissement (Deweer, 1994). Par ailleurs, la mémoire autobiographique est longuement préservée en raison d’un rôle clé de l’émotion (Piolino, 2003).

Par contre, les habiletés mentales dites fluides, qui s'appuient davantage sur des processus cognitifs (mémoire, attention, vitesse de traitement) sont souvent touchées et de façon plus précoce. La personne âgée, le plus souvent, éprouve des difficultés à s’ajuster aux situations nouvelles ou peu connus en raison des efforts d’attention requis.

Dans le domaine de la mémoire, le rappel d'information immédiat ou à très court terme diminue avec l'âge significativement (Salthouse et Babcock, 1991), alors qu'en mémoire à long terme, le rappel volontaire et explicite de nouvelles informations est davantage touché que le rappel implicite, provoqué par la reconnaissance d'une information familière. Des études ont montré également que les fonctions cognitives supérieures sont touchées, telles que les habiletés arithmétiques et les habiletés de résolution de problèmes.

Ainsi, dans le domaine des capacités attentionnelles, l'attention sélective et l'attention divisée nécessaire à l'accomplissement de tâches concurrentes sont particulièrement sensibles à l'avancée en âge ((McDownd et Birren, 1990) avec des difficultés pour le sujet d’effectuer des activités simultanément (Belmin, 2004).

 

Par ailleurs, la mémoire peut être influencée par le degré de vigilance et d’attention, par la motivation ainsi que les états affectifs (Belmin, 2004). Le sujet âgé peut perdre confiance et avoir une estime de soi fragile en raison de la prise de conscience de ce déclin cognitif. De ce fait, il peut s’installer dans des comportements de dévalorisation « je suis nul », « moi je ne sais plus », ayant comme conséquences un abandon de certaines activités, nourrissant cette baisse cognitive. A ce stade, montrer au sujet, au travers d’exercices cognitifs ses capacités préservées, peut être envisageable pour lui redonner confiance et le réassurer.

La plainte mnésique


La plainte mnésique est relativement fréquente chez les sujets de plus de 65 ans (48%). Dans la plupart des cas, elle n’est pas liée à l’apparition d’une démence. En effet, des études ont montré l’absence de corrélation entre la plainte mnésique et la baisse de l’efficacité de la mémoire en situation de tests (Dubois et Deewer, 2003, cité par Lotstra, 2003).

Elle est le plus souvent en rapport avec un état psychoaffectif fragile, accentuée par des symptômes d’anxiété, un sentiment de solitude, un manque de confiance et d’estime de soi (Derouesné, 2003). Elle peut s’exprimer suite à une diminution des facultés sensorielles. Elle se présente donc comme un symptôme multifactoriel, avec une peur accrue de développer la maladie d’Alzheimer.

Par ailleurs, certaines études ont montré que ce sont souvent les ressources de traitements affectées dans le vieillissement (Craik, 2000, cité par Lotstra, 2003) : capacités attentionnelles, vitesse de traitement et mémoire de travail. La plainte mnésique est davantage liée à la baisse des performances attentionnelles, à une moindre capacité d’inhibition d’informations non pertinentes, à un certain ralentissement et à des facteurs psychologiques (choc émotionnel) qu’à un véritable déficit mnésique. Toutefois, la mémoire explicite et la mémoire de travail diminuent significativement.

Par ailleurs, pour ne pas se confronter à ses propres difficultés, le sujet âgé aura tendance à éviter des tâches mnésiques et ses stratégies nécessaires pour leur réalisation, pouvant affecter ses performances (Derouesné, 2003). Il devient essentiel à ce stade de travailler sur la restauration de l’estime de soi en raison d’une importante dévalorisation du sujet âgé.